Le Chardonnet a été fondé en 1906 par le courageux et exemplaire abbé Lénert, curé de Saint- Nicolas, c'est-à-dire en pleine période d'application des "lois scélérates" anticléricales du "Petit père Combes", entraînant l'expulsion des séminaristes, qui ont sauvé ce qu'ils ont pu des objets du culte ; lequel séminaire de la rue Saint-Victor, devait après la guerre céder la place à la Mutualité.

 Quelques siècles avant le déchaînement de cette persécution, venir de la Cité à la Montagne Sainte-Geneviève constituait une véritable expédition, car il fallait franchir des champs de chardons. Une plante assez jolie à regarder, mais: "qui s'y frotte s'y pique" ! Bien plus tard, des vignes ont été plantées de part et d'autre de la Bièvre. Elles ont cédé la place à l'urbanisation. Mais le "Chardonnet" est resté accolé au nom de l'église Saint- Nicolas et il est devenu le titre du bulletin de la paroisse. Rien à voir cependant avec l'actuel, tout au moins en dimensions. Déplié il avait le format du FIGARO. On y trouvait déjà "Le carnet paroissial" (10 mariages en un mois!), les horaires des catéchismes ... et de nombreuses publicités: Mlle Le Palu, leçons de solfège, piano, chant; Grands bains douches modernes, rue des Bernardins; et même La Tour d'argent!

Mais venons à notre époque. L'abbé Laguérie, répondant au souhait de Mgr Lefebvre désirant voir chaque prieur se doter d'un bulletin propre, décidait de remédier à l'absence d'un tel lien entre les fidèles.

Plus tard, Monseigneur, qui le lisait attentivement, devait le complimenter de vive voix et par écrit.

Nous avons donc été un certain nombre à être convoqués un certain soir par notre curé. Et nous nous sommes retrouvés autour de lui dans la salle à manger des prêtres au deuxième étage, avec les abbés Groche, de Jorna, Pivert - Jean Ferrey, l'imprimeur, Mme Croquelois, alors secrétaire de la paroisse, André Ducaud ... C'est toujours délicat de commencer une énumération qui fait toujours des mécontents: ceux que l'on a oubliés! Gavroche, bien sûr n'était pas sur les barricades (nous n'étions plus en mai 68!) était-il présent on non? Votre serviteur l'a oublié, que lui et Dieu me pardonnent!

Dix ans après, l'abbé Laguérie explique: "Mon idée de base c'est d'abord qu'il faut un bulletin paroissial à une paroisse. Je voulais que Saint-Nicolas qui était plutôt une archi-basilique, devienne une véritable paroisse. En second lieu, un tel bulletin constitue un levier extraordinaire pour la paroisse. Cela permet de passer des idées, des réflexions, des sujets de méditation, qui ne peuvent être exprimés dans un sermon. Cela permet en fait de faire de véritables homélies, c'est-à-dire que par ce moyen on prêche sur l'Évangile, sur nos âmes, sur le Bon Dieu. Et puis aussi, les petits faits divers y trouvent leur place. C'est un levier extraordinaire !"

Au départ on a vu grand: l'abbé Laguérie voyait une parution bimensuelle. On a parfois l'appétit plus grand que ... Il devait pas la suite avoir quelques difficultés à tenir la cadence mensuelle!

Un titre? Il était tout trouvé! On ressuscitait "Le Chardonnet". Le dessin du bandeau a été confié à Mme de Saint-Victor. Les rubriques ont été déterminées: l'éditorial de M. le Curé, bien sûr (fructueux comme un sermon, en plus court), le billet du mystérieux Gavroche, la rubrique "historique" du dévoué archiviste Bernard Faribault, le carnet paroissial, l'actualité religieuse et de la Fraternité, rubrique qui m'a été confiée et dont je ne souhaite pas garder l'exclusivité, et dès le premier numéro: les mots croisés de Jacques Martin alias Jacques Valdieu.

Lors de la sortie du premier numéro fin novembre 1984 ... eh bien, nous n'étions pas très fiers! Mal ficelé, bourré de "coquilles" et d'impardonnables fautes d'orthographe... faute peut-être d'avoir fait "un numéro zéro" Mais, dès le numéro 2, la barre était redressé ! Un numéro 100, c'est tout de même un événement! Longue vie à cette feuille que le vent (ou la poste quand elle veut bien) emporte et disperse dans toute la France et même au-delà.

 

André CAGNON (+)

 

Article paru dans le numéro 100 – mars 1995